Le Big Data mesure aussi l’empreinte sur la société et l’environnement des entreprises

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Site du Rana Plaza au Bangladesh, au lendemain de la catastrophe ayant provoqué la mort de plus de 1 100 personnes. A.M. Ahad / AP

Par Eric Duvaud et Cyrus Farhangi

En avril 2013, l’effondrement du Rama a provoqué 1 135 morts dans des ateliers de confection travaillant pour diverses marques internationales au Bangladesh. A cette tragédie s’est ajouté un coût économique considérable pour ce pays, qui a vu sa principale industrie désertée par les investisseurs.
Pourtant, au début des années 2000, les données de sécurité au travail disponibles partout dans le monde auraient pu alerter les multinationales sur ce risque. Depuis, ces mêmes indicateurs sont scrutés à la loupe : d’après le Bureau international du travail, sur 3 508 sites industriels de prêt-à-porter du pays spécialisés dans l’export, plus de70 % ont été inspectés depuis
En France, la loi sur le « devoir de vigilance », actuellement en deuxième lecture à l’Assemblée nationale, obligerait, si elle était promulguée, les grandes entreprises à des mesures de prévention envers leurs filiales et sous-traitants. Mais avec ou sans contrainte législative, on observe à l’échelle mondiale la mise en place de dispositifs de gestion des risques, qu’ils soient sociaux, environnementaux ou de corruption, qui s’appuient sur l’analyse de masses de données permettant de repérer les zones sensibles.

Mines d’informations

Une parties de ces données est hébergée au sein même des bases fournisseurs de l’entreprise. Elles peuvent être croisées avec des statistiques publiques pour modéliser les chaînes d’approvisionnement par pays et pas secteur d’activité. Les indicateurs relatifs à la sécurité au travail, à la santé, au travail des mineurs, à l’environnement ou à la corruption, progressivement fiabilisés par des instituts de recherche ou les administrations, permettant alors d’identifier les zones de risques de la chaînes d’approvisionnement.

Les entreprises sont assises sur des mines d’informations -achats, ventes, ressources humaines, santé, sécurité, énergie, environnement…- qui, une fois collectées, organisées et croisées avec d’autres données externes, peuvent offrir une vision quantifiée et élargie de leur empreinte.

Le volume des données stockées dans « l’univers numérique » double tous les deux ans. Entre 2010 et 2020, il aura été multiplié par cinquante selon IDC iView, The Digital Universe in 2020, décembre 2012. Les données sont produites de plus en plus par des marchines, accélérant la tendance : l’Internet des objets compte déjà 50 milliards de capteurs connectés dans le monde ; le Sensors Summit en projette 100 trillions d’ici à 2030, soit 12 000 par habitant.

Les données sont de plus en plus abondantes, mais aussi de plus en plus partagées dans des bases collaboratives. Ainsi, les acteurs économiques pourraient mieux exploiter toute la richesse du big data pour mesurer et maîtriser leur empreinte sur la société et sur l’environnement, démontrer leur utilité sociale et, in fine, renforcer leur propre valeur économique.

Une vision qui permet d’agir

Ainsi, les démarches d’écoconeption des produits et les informations produites dans le cadre des PEP (profil environnemental produit) permettent d’estimer l’empreinte en aval, par exemple le CO2 évité par certains produits dans leur phase d’usage, comme les énergies renouvelables ou les matériaux d’isolation. Cette vision sur l’ensemble de la chaîne de valeur permet d’agir là où les impacts sont les plus importants, et les moins coûteux à réduire; c’est une première étape indispensable lorsqu’il s’agit de définir une trajectoire carbonne d’entreprise compatible avec l’objectif mondial de limitation du réchauffement climatique à +2°C.

Certains acteurs vont jusqu’à exploiter des données géospatiales détaillées, publiquement disponibles, pour analyser leurs activités au regard de l’évolution des forêts, des océans et des autres écosystèmes constituant leur « capital naturel ». Cette vision élargie permet de mieux projeter la capacité de l’entreprise à créer de la valeur dans la durée,pour les actionnaires, mais également pour la société dans son ensemble.

Marque et capitalisation

Lorsque les marchés sont défaillants dans la prise en compte de réalités auxquelles la collectivité attache du prix (par exemple, le prix de l’eau peut être quasi nul dans des zones de stress hydrique), les entreprises peuvent elles-mêmes leur attribuer un prix dans l’évaluation de leurs projets d’investissements. Elles sont, par exemple, de plus en plus nombreuses à intégrer un prix carbonne dans leur calcul de retour sur investissement pour anticiper les contraintes futures.

Les entreprises sont aujourd’hui en mesure de réunir et d’analyser les données et connaissance nécessaires à l’évaluation et à la gestion de leurs impacts sociaux et environnementaux, mais aussi à la valorisation de ceux-ci. L’entreprise crée de la valeur pour la société à travers les emplois, les impacts positifs des produits vendus, et la réduction des impacts négatifs ; elle bénéficie en retour de la pérennisation de son modèle économique.

Ce type d’analyse permet de nourrir, chiffres à l’appui, une stratégie intégrer, tenant compte des liens entre valeur boursière et valeur sociétale. C’est un pas essentiel vers une meilleure compréhension de la valeur immatérielle des entreprises, en vue de renforcer leur marque et leur capitalisation à long terme.